Recherches cadastrales sur le lieu-dit "La Coste" à Beaumes de Venise

Mis à jour : févr. 2

Par Dominique TISSOT


Extrait du plan cadastral de 1830


Le lieu-dit La Coste à Beaumes couvre une superficie d’environ 50 hectares et s’étire sur le versant sud du plateau des Courens, d’Aubune aux Gippières. C’est l’un des plus anciens toponymes du village, car on le retrouve écrit dès 1381 – ad Costa - dans des hommages au baron de Beaumes. Il ne doit pas être confondu avec un autre lieu-dit, Les Côtes – autrefois Les Costes de Caron, avant que Saint Hippolyte ne se détache de Caromb à la Révolution - situé à l’est de Saint Véran aux limites de Saint Hippolyte.


On accédait depuis Beaumes à La Coste par le chemin de la Coste qui existe toujours. Des chemins ou drailles de troupeau permettait d’accéder au plateau des Courens par la Coste, en partant des Pasquiers, le lieu proche des remparts – le chemin des Pasquiers existe toujours - où l’on rassemblait les troupeaux, puis en montant le chemin de Durban menant au Castellas ou le chemin de Saint Hilaire ainsi nommé dans le cadastre de 1744 puis rebaptisé en 1830 le chemin des Eaux Minérales.

Le lieu-dit comprend trois zones : en piémont quelques terres peu pentues relativement fertiles, sur le versant des bancau bâtis par l’homme jusqu’à mi-hauteur environ, puis, sur le haut, des falaises et des pendages calcaires uniquement accessibles aux chèvres.


Les spécialistes estiment que la période de construction des bancau que l’on voit actuellement dans le midi s’est étalée du 17e au 19e siècle. D’autres, comme André de Reparaz, semblent plus restrictifs et datent ces terrasses du 19e siècle. A quelle période ont été élevées les bancau de La Coste ?

Pour tenter de répondre à cette question, il faut analyser les anciens cadastres. Les années 1580 constituent en Comtat une période d’établissement de cadastres par les communautés qui pour la plupart ne les avaient pas renouvelés depuis le 15e siècle. Aux siècles suivants d’autres cadastres seront établis. Le dépouillement des cadastres de Beaumes de 1583, 1674 et 1744, sur ce quartier de la Coste, nous apporte un éclairage. Le tableau ci-dessous, établi après une analyse détaillée de ces documents, nous donne les superficies en hectares et les pourcentages par type de culture[1].


On voit à travers ce tableau se dessiner deux puissantes tendances :


1) Une forte augmentation des surfaces cultivées : + 134 % entre 1583 et 1744.

2) L’extension des cultures en oullières (où terres, vignes et vergers cohabitent).


Que peut-on en conclure ? Sur ce terroir de La Coste, il restait sans doute peu de surfaces planes à défricher en 1583. Le gain en surfaces cultivées est donc en grande partie dû à la conquête de nouvelles parcelles sur les pentes grâce à la technique des bancau. Sur ces nouvelles parcelles peu propices aux céréales, les paysans associaient vignes et vergers.

A cette époque les cultures de la Coste se concentraient surtout autour du Rocas ou Rocher – sans doute ce rocher qu’on appelle aujourd’hui La Baleine –, et à l’est entre Beaumes et les Gippières. Notons que la construction des bancau ne s’arrêta pas là : les terrasses les plus hautes, sous le Castellas de Durban, ont été montées au 18e siècle avec les pierres issues des ruines du château, car nous retrouvons deux fois la date de 1772 taillée dans la falaise et dans une marche d’escalier volant. L’extension des bancau c’est probablement poursuivie dans la première moitié du 19e siècle, période de forte croissance démographique.



Une autre tendance intéressante est à noter, qui semble également aller de pair avec le déploiement de bancau :

le déploiement des oliviers sur la Coste

à compter du 17e siècle.


Le cadastre de 1583 ne mentionne à La Coste aucun verger, terme désignant les plantations d’oliviers, mais uniquement des plantades - amouriers pour les magnaneries, amandiers, quelques figuiers –. Pourtant on recensait en 1604 de nombreux oliviers non loin de là au lieu-dit Derrière le château, notamment sur les bonnes terres seigneuriales. Mais, presque 100 ans plus tard, en 1674, tout a changé à La Coste : à côté de quelques plantées d’amouriers et d’amandiers, et de quelques fruictages (vergers de fruitiers ?), on voit apparaître une majorité de petits vergers, soit constitués en olivaies, soit associés à la vigne dans les ouillères.


On était donc en 1674 et en 1744 dans une répartition des cultures typique de ces costes exposées plein sud et parcourues de bancau : une majorité de vignes et d’oliviers souvent associés ensemble dans des ouillères. Un part très faible de terres labourables, en piémont. En 1744, pour la première fois les surfaces en hermas (en majorité communales) sont répertoriées : plus du tiers de la superficie restait aux friches qui subsistaient dans les parois.


En 1744, le terroir de La Coste comportait 76 parcelles - répartie entre 64 propriétaires -, soit une superficie moyenne par parcelle de 0,66 hectares, ce qui le situait dans la moyenne de Beaumes. Par contre, le revenu à l’hectare était de 38,38 florins, ce qui le situait sous la moyenne de Beaumes qui était de 55,23 florins/ha. Pour les terroirs de Beaumes les plus importants, le revenu moyen à l’hectare allait de 223 Florins /ha aux Moulins, terroir de jardins au bord de la Salette, à 12 florins/ha à Galinières, terre de vigne et d’hermès. Le revenu des parcelles de la Coste correspondait bien à cette zone difficile à cultiver et non irrigable.


La plupart des paysans qui cultivaient des parcelles étaient de petits ou moyens propriétaires possédant de petites parcelles de terres, vignes, vergers, disséminées sur le territoire de Beaumes, parfois un jardin au quartier des Moulins, et une maison au village. Les propriétés les plus importantes étaient situées sur les meilleures terres, dans la plaine et vers Saint Véran.


Ce qui n’apparaît évidemment pas dans ces cadastres, ce sont toutes les micro-cultures d’appoint que développaient les paysans dans ces bancau : carrés aromatiques et de légumes. Quant aux muscadières et aux câpriers, ils ont probablement été exploités plus tard.


Ce développement des bancau est-il lié à la croissance démographique, nécessitant des gains de terres ? C’est bien le cas pour la période allant de la Révolution aux années 1850 : la population balméenne évolue de 1332 habitants en 1793 à 1791 habitants en 1856, soit une progression de 34,5 %, avant la décrue liée aux crises agricoles -phylloxéra, garance, maladie du vers à soie - et à la révolution industrielle. C’est plus difficile de l’affirmer pour les 17e et 18e siècles, fautes de données.


A Beaumes les terrasses les plus accessibles (celles du bas) ont continué à être exploitées pour l’olivier et en complément pour la culture des câpriers et des muscadières. La culture de l’olivier a également perduré sur des terrasses plus hautes sous le Castellas grâce à l’ouverture d’une brèche qui a facilité l’accès.


Aujourd’hui, si la configuration des lieux a peu changé, la répartition des cultures a fortement évolué : le piémont est occupé par la vigne, et seuls les oliviers occupent encore les bancau, une grande partie étant retourné à l’état sauvage notamment vers le haut. Quelques amandiers subsistent çà et là.


Gageons que le mouvement amorcé au verger conservatoire va développer une reconquête de ces bancau !


Dominique TISSOT




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